Point de vue : Quick halal, protectionnisme communautaire et diversité gastronomique
Par paul le jeudi, septembre 2 2010, 23:41 - Great place to eat - Lien permanent

Puisque nous sommes sur un blog a l'origine culinaire et accessoirement politique, je ne pouvais laisser passer ce sujet !
Liberté religieuse et commerciale
Quick est une société privée qui a le droit de servir les sandwiches qu'elle souhaite du moment qu'ils répondent aux normes sanitaires. Or le halal consiste en des règles qui n'entrent pas en conflit avec les normes sanitaires, et sont de plus très largement répandues dans des entreprises de préparation de viande. Le choix pour Quick de passer au halal fait donc partie de la liberté religieuse et commerciale, quelles que soient ses motivations. Le consommateur et l'entreprise s'adapteront mutuellement pour le bénéfice de tous.
Il faut cependant être conscient que tout aliment halal ou kascher finance un office religieux d'audit et de validation. Le code assure (et j'imagine a été inventé en ce sens) un protectionnisme économique de la communautaire religieuse : forcer une population à respecter un code culinaire de nature religieuse impliquait que les fournisseurs soient issus de la même communauté. A l'heure des usines de transformation alimentaire et des validations religieuses expéditives et des gélatines a base de peau de porc le concept a bien sur du plomb dans l'aile.
Le choix de Quick est donc totalement laic-compatible, mais le choix du consommateur de consommer hallal chez Quick n'est lui pas neutre. Il est donc souhaitable que Quick informe raisonnablement ses clients pour qu'ils puissent exercer un choix informé, ce qui au vu de la campagne de presse en cours et du bouche à oreille semble être le cas.
Mais que fait la CDC ?
Ce qui est par contre gênant c'est que Quick, toute entreprise privée qu'elle est soit, est détenue par la Caisse des Dépôts et Consignations (semble t il intégralement). Or la CDC est un organisme public sous contrôle du parlement censé oeuvrer pour le bien de tous. Pourquoi un organisme public fait il des bénéfices sur un commerce religieux (doublement du CA après passage au halal pour les premiers Quick), et réciproquement participe au financement d'un organisme religieux ? (Plus généralement pourquoi la CDC a t elle investi dans un fast food, bien loin des intérêts du peuple et de sa santé ?) Que fait le parlement ?
Cantines publiques
Puisque nous en sommes a parler halal, et pour les mêmes raisons de financement et de protectionnisme communautaire, il est souhaitable que les établissements publics ne se fournissent pas (sauf ponctuellement) positivement en halal ou kascher quelle que soit leur clientèle. Ceci n'est pas une discrimination puisqu'une viande provenant d'un abattoir halal peut tout à fait être proposée lors d'un appel d'offre public comme non halal et consommée comme telle. Le financement de l'office religieux est alors un détail interne de compatibilité du fournisseur et fait partie de sa liberté religieuse.
Par contre, toujours concernant les établissement publics, il est bienvenu que chacun puisse respecter à sa guise ses habitudes alimentaires dans la mesure du possible : indiquer les plats contenant du porc, les plats végétariens, ... et qu'un cantine proposant plusieurs plats simultanément évite de ne proposer que des plats à base de porc le même jour dans la mesure du possible. Afficher les menus de la semaine à l'avance est dans tous les cas une bonne pratique. Informer ne nuit jamais.
Il est même possible, en gardant raison et mesure, que des traditions alimentaires d'ordre religieux soient intégrées sans en faire une règle intangible aux cantines : poisson notamment le vendredi, dates et lait lors du ramadan par exemple (apres l'heure de la rupture j'imagine). Et que des plats entrant en contradiction avec certains préceptes religieux comme les recettes à base de porc continuent a être servis partout pour préserver la diversité des traditions alimentaires et n'exclure personne (voila pour la minute Corse !). L'estomac ouvre l'esprit.
Tant que la gastronomie n'est pas directement corrélée à la religion, encore moins a son financement, mais à une culture elle peut être consommée et appréciée par tous. La diversité gastronomique est une richesse et un moyen d'ouverture à la culture de l'autre, et les cuisiniers Français plus que tous autres ont toujours su puiser dans les épices d'ou qu'elles viennent pour le bonheur de nos papilles et la stimulation de notre imaginaire.







Facebook
Twitter
Commentaires
Pas tout compris... « une viande provenant d'un abattoir halal peut tout à fait être proposée lors d'un appel d'offre public comme non halal et consommée comme telle. Le financement de l'office religieux est alors un détail interne de compatibilité du fournisseur et fait partie de sa liberté religieuse. » ... C'est à dire ?
Bonjour pierre,
Imaginez que vous etes gerant d'un abattoir.
Vous faites du halal pour une partie de vos clients, mais comme c'est le meme prix et plus pratique toutes les viandes qui sortent de votre abattoir sont halal. En effet vous avez paye un prix fixe pour que toute votre production soit certifiee par la mosquee du coin.
Ensuite vous souhaitez participer a un appel d'offre pour une cantine d'un college public. Le college n'a pas a commander de la viande halal ou a payer plus cher pour cela. L'idee c'est donc que vous vendez votre viande certifiee halal mais sans dire qu'elle est halal.
Le college choisira son fournisseur en fonction du prix et d'autres criteres, mais pas le critere halal puisque qu'il n'apparaitra pas.
De votre cote en tant que gerant de l'abattoir vous aurez paye une certification a la mosquee qui vous sera inutile pour cet appel d'offre public, mais c'est votre probleme. En pratique elle est peu chere et n'influe pas vraiment sur le prix de revient. De grands abattoir fonctionnent deja sur ce principe et fournissent largement de la viande halal sans le dire.
Est ce plus clair ainsi ?
paul
En te relisant, c'est plus clair : une viande halal peut participer à une offre alimentaire "non halal" mais pas l'inverse.
Si au plan légal et sanitaire tout est évidemment OK, il reste à savoir si le consommateur apprécierait que des prescriptions religieuses soient respectées à son insu dans la préparation de ses repas. Ce qui n'est pas le cas de l'offre Quick, comme tu le soulignes.
Bonjour Paul,
Mon deuxième commentaire et ta réponse se sont croisés.
Merci pour tes précisions qui ne font que renforcer mon interrogation : est-il souhaitable que des prescriptions religieuses soient respectées dans la préparation des repas à l'insu de ceux qui les consomment ?
Bonjour Paul,
Mon deuxième commentaire et ta réponse se sont croisés.
Merci pour tes précisions qui ne font que renforcer mon interrogation : est-il souhaitable que des prescriptions religieuses soient respectées dans la préparation des repas à l'insu de ceux qui les consomment ?
développements fort intéressants. Mais baser sa pub sur un fait religieux nous fait entrer de plain pied dans les particularismes, porte d'entrée de tous les sectarismes et dérive de la République laïque une et indivisible. Aussi me semble-t-il que toute concession dans ce domaine est dangereuse: la religion doit demeurer dans l'espace privé. Quant au poisson le vendredi dans les repas de collectivités, pourquoi le maintenir: au nom de notre tradition judéo-chrétienne ? Ce n'est pas un argument suffisant, les catholiques pratiquants représentant actuellement une minorité négligeable.
Bonjour Boris,
Je decouvre votre blog sur mediapart !
Je souhaiterais que la religion reste dans l'espace prive, mais la laicite n'a pas a l'imposer et moi non plus. Que l'etat reste neutre et indifferent a la religion ne signifie pas que les religieux doivent etre invisbles. Au contraire laicite stable va de pair avec liberte de pratiquer sa religion.
L'etat ne doit pas se meler des choix des personnes et compagnies privees, tant qu'elles ne troublent pas l'ordre public. Que quick devienne un commerce communautaire comme la boucherie kacher du marais est son choix.
C'est inhabituel en france certes mais rien ne s'y oppose.
Pour le poisson le vendredi dans les cantines publiques, c'est plus delicat et negociable en effet.
@+, paul