Un mouvement politique est voué à accueillir de nouveaux talents et en voir partir d'autres en permanence, quelles que soient les circonstances. Les opinions, ambitions, circonstances changent, rien d'alarmant.
Reconnaitre le problème
Dans le cas de notre mouvement, le problème du moment est avec Corinne Lepage. Je ne reviendrais pas sur le genèse du problème, le but n'est pas de décerner des points ou prendre parti pour un coté. "Avec" n'est pas le terme approprié, "entre" Corinne et le bureau serait plus exact et plus neutre.
Ne nous cachons pas les faits : si rien n'est fait la conclusion inévitable de ces tensions est le départ imminent de Corinne. Trois possibilités : aller nulle part en solitaire, faire une alliance au rabais avec Europe Ecologie, entrer au gouvernement (entrée par débauchage, pas sur un programme).
Gâchis, perte d'entropie
Dans les trois cas, et sans être un fan inconditionnel, je trouve que cette conclusion est un gâchis dont nous mettrons longtemps à mesurer les conséquences. Pour elle bien sur et surtout mais aussi pour le Mouvement. Corinne n'est pas indispensable au Mouvement et réciproquement, mais qui pourrait nier que le Mouvement est LE bon endroit pour son épanouissement sur le long terme (et de son programme, ce qui compte pour elle) et que le Mouvement peut largement profiter de ses qualités et de sa notoriété ?
Les formations politiques et leurs meneurs ont, à l'instar de joueurs de foot, une "valeur" qui évolue en fonction de facteurs comme leur programme, une sympathie populaire ou des circonstances ponctuelles (élections). A l'ère de la Sarkozie triomphante la capacité de nuisance envers tout ce qui n'est pas UMP est un facteur primordial dans le mercato maintenant ouvert 365 jours par an. Leur capacité à ne pas spéculer en fonction de cette valeur (en grande partie futile) comme un trader politicien mais en fonction d'une éthique personnelle, de valeurs politiques et d'objectifs à long termes font toute la différence. Politiques de premier rang au service de l'intérêt public et d'un programme d'un coté, politicards voués à assouvir les sombres désirs des puissants de l'autre.
Que certains seconds couteaux adeptes du zapping ou de vieux loups usés se laissent tenter par le coté obscur soit, mais j'ai la naïveté de croire que les membres actuels du bureau ont une expérience de vie et de la politique qui devrait les en prémunir. Les cadres du Mouvement Démocrate ont cela en commun qu'ils se sont rassemblés autour d'un programme, d'un ensemble de valeurs en dépit des tensions, des différences, des tentations, des pressions. Ils ont crée un ensemble qui demandait une vision, de l'énergie. Corinne comme les autres fondateurs et le Mouvement en tant qu'ensemble ont toujours fait preuve d'une rare capacité à faire passer leur vision avant leurs intérêts à court terme ou la satisfaction de leurs humeurs ponctuelles. Au fil des départs et des arrivées, le Mouvement a trouvé un équilibre inattendu entre les différentes composantes qui sur le terrain des idées travaillent en harmonie. Les fondateurs ne l'avaient sans doute pas prévu, l'ont ils compris ?
Le Mouvement Démocrate, en formation unie, avec un bureau fonctionnant en bonne entente dans sa diversité constitue un maximum d'entropie, un optimum d'efficacité au service de nos idées, de notre programme et de ceux qui les incarnent. La pente est raide et les tentations grandes, mais la séparation serait une perte d'entropie brutale, un gâchis. Une porte ouverte entre notre chaud foyer et l’extérieur glacé. Le résultat ne peut être que froid et uniforme. Une construction délicate peut s'effondrer en un instant sans retour possible.
Je n'ose imaginer la rancoeur cristallisée à jamais des cadres du Mouvement, la déception quotidienne et stérile de Corinne siégeant aux cotes de Luc Besson, sans parler de l'incompréhension des militants que nous sommes d'en être arrivés là.
Modus vivendi
Le problème est à la fois un conflit de personnes dont les méthodes et ambitions divergent, mais aussi un problème de programmes. Les familles recomposées sont riches de leur diversité mais n'ont pas la vie facile.
Pour ce qui est des problèmes de personne je n'ai pas grand chose de radical à proposer. Les tensions sont inévitables entre des fortes individualités, nul besoin de les nier, impossible de les gommer. L'humain est la matière première de la politique. Mais il ne parait pas impensable que ces politiques aussi intelligents les uns que les autres ne trouvent pas un modus vivendi acceptable pour tous au nom de ce qui les rassemble et de leur intérêt.
Entre militants et sympathisants nous y arrivons assez bien. Souvent nous nous retrouvons autour d’un verre entre anciens de Cap21, des verts, de l’UDF ou irrécupérables gauchistes de plus en plus nombreux (un Gaulliste s’égare même parfois à notre table) et tout se passe parfaitement bien quel que soit les proportions des uns et des autres. Nous ne sommes pas des bisounours, mais nos valeurs et un programme nous rassemblent. Une certaine idée de la vie en commun qui traduit notre vision de la vie commune à l’échelle du pays, aussi. Excusez le troll mais si notre bureau n'est pas capable de cohabiter en milieu tendu, qu'en serait-il d'un gouvernement en situation de crise composé des mêmes membres ?
Oui Corinne a une forte personnalité, pour ne pas dire un ... caractère. Sa candidature aux présidentielles a sans doute contribue à forger ce caractère, un point que notre mouvement est bien placé pour comprendre (?). Oui le Mouvement Démocrate a toujours laissé une forte liberté de parole et d'action à ses vices=présidents, sa structure est souple et déliée pour ne pas dire tenue. Ce n'est pas un défaut de démocratie interne qui est la cause du problème, mais un manque de définition précise des rôles de chacun. De méthode aussi : faudrait-il faire des élections internes ultra polarisantes pour définir une ligne unique du Mouvement ? Le résultat logique est une tension forte entre caractères laissés libres, logique mais pas inéluctable.
Ne sous estimez pas le poids des actes. Chers membres du bureau si nous étions à l'UMP vous seriez convoqués pour un séminaire de reformage personnel mené par Jean-Marie Messier avec comme point d'orgue un saut à l'élastique. Commençant à connaitre la maison une randonnée d'une semaine dans les Pyrénées avec étapes gastronomiques serait sans doute plus indiquée. Essayez ! Les militants et au-delà les Français ne vous pardonneront jamais de ne pas avoir tout essayé.
Richesse de l'analyse
Du coté des conflits de programme il y a par contre des possibilités d'améliorations. Les militants et sympathisants ont semble-t-il mieux incorporé le concept novateur de mouvement que nos chers cadres. Cette observation revient très souvent dans de nombreux aspects de la vie du Mouvement. L'avantage d'être un mouvement et pas un parti, c'est d'accepter la diversité des opinions et des parcours, sans s'en offusquer, tout en tendant vers une synthèse pragmatique. Que Marielle et François présentent l'emploi comme la priorité politique d'un coté, alors que Corinne et Jean-Luc martèlent que c'est l'environnement ne nous choque pas du tout. Eux si, visiblement, et conduit à des tensions et des luttes d'influence pour la ligne éditoriale du "parti". Au final il n'y a qu'un seul président donc Corinne s'exclut (ou est exclue, ou se sent exclue, selon les interprétations, peu importe). Or les deux positions sont possibles et même souhaitables au sein du Mouvement au même moment. L'avantage d'avoir un président et des vices-présidents de qualité et riche d'expériences différentes est justement de pouvoir représenter ces vérités simultanément de manière cohérente, et même mieux : de les incarner. La richesse et la complexité de l'analyse des problèmes par notre Mouvement nous oblige à accepter des solutions multiples et complexes. Au final et pour avoir eu l'honneur de participer modestement à l'élaboration du programme, les deux priorités (et bien d'autres) sont associées en permanence pour former un ensemble cohérent qui est notre spécificité. Contrairement à d'autres formations ou les différentes dimensions servent d'alibi à une théorie dominante et écrasante, ces dimensions sont chez nous intégrées avec intelligence.
D'un parti nous devons garder la structure et la discipline électorale. D'un mouvement nous devons prendre la richesse des parcours et des analyses. Si en plus de cela nous arrivons à nous prémunir des courants alors nous avons un avenir, en tant que Mouvement Démocrate, avec nos idées et ceux qui les incarnent.
Oui le Mouvement Démocrate est un parti fort et organisé, il survivra au départ de Corinne comme il a survécu aux précédents. Chacun à sa valeur sur le mercato de la politique. Mais si les différentes parties pouvaient faire un geste et trouver un terrain d'entente les militants et sympathisants que nous sommes apprécieraient. Elles en tireraient peut être quelque enseignement utile pour leur avenir au passage, qui sait ?
En tout cas nous n'avons pas le droit de ne pas tout essayer pour tenter de continuer tous ensemble cette aventure politique unique. Je lance un appel pour un Mouvement Démocrate sans courant, à l’analyse riche, ou le projet de société prime.
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