Publié sur son blog : jfmartins.lesdemocrates.fr
Lors du Conseil de Paris du 8 juin 2010, nous étions appelés à nous exprimer sur une délibération marquant l’entrée de Paris dans une politique d’Open Data.
Vous trouverez ici, la délibération et son exposé des motifs.
Face à une mairie de Paris qui prend, et je m’en félicite, ses responsabilités pour ouvrir ses données mais qui le fait malheureusement avec des arrières-pensées strictement commerciales et sans adopter le principe de licences libres pour ces données, voici mon interpellation au Maire de Paris en séance du 8 juin.
Monsieur le Maire, Chers collègues,
C’est la fin d’une époque. La fin de plusieurs siècles d’égoïsme, de repli sur soi et d’opacité des pouvoirs publics sur les données qu’ils possèdent. Elle est finie, l’époque où ces données étaient pour le politique une simple source de pouvoir qui ne se partageait pas. Le temps où Colbert triomphait de Fouquet en publiant les premières données sur les finances est désormais révolu, les données se partagent, elles s’échangent, c’est la qualité et la créativité de leur analyse qui en donnent la valeur et la richesse.
Monsieur le Maire, Les données en notre possession sont devenues si nombreuses, leurs structures si complexes et leur taille si importante que les idées et les moyens pour les utiliser ne peuvent résider plus longtemps exclusivement dans les simples mains du politique, ou de l’administration.
La diversité de ces données en notre possession, leur nombre autant que notre incapacité de toutes les traiter et les valoriser ouvre en fait une opportunité unique ; Celle d’en faire la nouvelle richesse de l’économie parisienne, le carburant de notre innovation culturelle, artistique et économique.
En mettant ainsi à disposition des parisiens nos données nous allons permettre aux chercheurs, aux journalistes, aux entreprises ou aux simples citoyens de s’en saisir librement et d’en tirer la substantifique moelle au bénéfice de la communauté, du savoir, du progrès social, de la démocratie et de la croissance.
Des chercheurs, des artistes ou des entrepreneurs passent aujourd’hui une partie de leur vie a numériser les données, plutôt qu’à les traiter, les analyser et à leur donner une valeur ajoutée ? Libérons leur temps, leur créativité et leur intelligence en mettant nos données à leur disposition.
Partager les données en masse, laisser les citoyens libres de faire leur analyse et interprétation demande un certain courage politique, une foi indéfectible dans la démocratie et l’intelligence collective mais aussi une prise de conscience réelle du changement de paradigme médiatique, intellectuel et scientifique que nous sommes en train de vivre à l’orée d’une nouvelle ère d’Internet marquée par la demande accrue de contenus nouveaux, pointus et sincères par nos concitoyens.
Alors, chers collègues, en emboîtant le pas de New-York, de San Francisco , de Londres ou de Vancouver, dans une politique d’OpenData nous ne manquons pas notre rendez-vous avec l’Histoire, nous participons à cet élan de partage des données et d’informations à même de construire le progrès social et la démocratie du 3ème millénaire. Et je m’en félicite
Cependant, et je constate que la position de l’éxecutif a évolué progressivement dans les heures qui viennent de s’écouler, un certain nombre de conditions sont nécessaires pour réussir notre entrée dans une politique d’OpenData. Pour ne pas faire l’erreur d’appliquer à des objets politiques nouveaux, des méthodes politiques du passé.
Le premier de ces points c’est le principe de licence libre pour l’ensemble de ces données, il est fondamental. Pour que le partage de données soit une réussite et s’opère au bénéfice de la communauté, il est indispensable que :
Les données soient mises a disposition sous des licences libres et dans des formats inter-operables. L’accès aux données par les entreprises soit aussi libre que pour les citoyens. Une myriade de services innovants pour la communauté et la création de nombreuses Start-ups seront des récompenses infiniment plus précieuses qu’une taxe. Il est enfin crucial que le panel des données publiées s’élargisse rapidement. La priorité doit être à la publication brute et pas à la valorisation ou au développement de services coûteux pour la Mairie alors que l’écosystème se chargera justement de la valorisation et de la transformation de ces données en bien culturel ou économique.
Je comprends la volonté de la municipalité de vouloir faire de ces données un bien commercial, dont elle tirerait éventuellement un subside, et une petite rente. Mais cette tentative de commercialisation par la ville de ces données serait un contre-sens historique. Nous parlons ici d’innovation, de créativité et de démarches citoyennes et artistiques, La ville ne peut en la matière être calculatrice ou cynique ou n’ouvrant ses données qu’à la condition que celles-ci lui deviennent rentables
Plus prosaïquement, ces données sont aujourd’hui laissées en déshérence et inutilisée par la ville qui n’est pas en capacité de les exploiter. Ainsi toute initiative commerciale ou citoyenne d’exploitation de ces données ne pourra être que favorable pour la ville qui en retirera les bénéfices autant que les retombées culturelles, économiques et sociales : création d’emplois, amélioration de l’information citoyenne, progrès de la transparence démocratique…
Ne pas rentrer sur nos données dans une logique propriétaire, pour nous comme pour notre écosystème, cela correspond à une conviction politique autant qu’une position de bon sens, que je vous appelle à rejoindre aujourd’hui.
Le deuxième de ces points, c’est le traitement minimal des ces données par la Mairie et les efforts à produire pour leur interopérabilité : S’il est évident que nous devons mettre à disposition nos bases de données dans un format exploitable, simple et relativement universel ; je crois qu’il ne faut pas comme le préconise cette délibération, entrer dans une logique trop excessive de traitement préalable des données ou de mise en place d’une infrastructure lourde (et probablement coûteuse) de mise à disposition.
Plus les données seront brutes, plus la créativité qu’elles feront émerger sera grande et leur sincérité implaquable. L’ensemble des données mises à disposition dans l’avenir devront donc être brutes, propres et interopérables ; la formation des agents de la ville sera à ce titre primordiale.
Vous le voyez chers collègues au-delà d’être une « mode » de quelques grandes collectivités, une politique d’Open Data est en réalité un choix éthique, philosophique et politique quant à la relation du politique aux données et à l’information, un choix de confiance envers un écosystème qui a démontré sa capacité créative et sa responsabilité.
Parcequ’une politique d’OpenData est une belle ambition pour Paris mais que celle que vous nous proposez n’est pas conforme, malgré votre amendement, aux principes de licences libres qui animent l’écosystème qui exploitera ces données, je m’abstiendrais sur cette délibération.














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